La formation professionnelle, sous le coup des économies budgétaires, est en danger en Auvergne-Rhône-Alpes

Le service Emploi-Formation d’ALYNEA oriente ses dispositifs de formation vers les personnes sans emploi (jeunes, seniors, handicapés, chômeurs de longue durée c’est-à-dire sans activité et en recherche active depuis au moins 1 an). Cela répond évidemment à notre projet associatif d’accompagnement des personnes en situation de fragilité, et s’inscrit dans les priorités gouvernementales de lutte contre le chômage. La politique nationale en matière de formation professionnelle est déclinée dans chaque Région qui en a la compétence.

ALYNEA répond donc à des appels d’offres lancés par la Région. Chaque projet proposé répond à un cahier des charges : ALYNEA affecte un volume d’heures de formation par stagiaire ce qui détermine le montant demandé pour mener la formation proposée. La Région sélectionne les candidatures et achète les formations retenues délivrées par l’organisme.

Aujourd’hui ALYNEA est très inquiète du changement de ligne politique de la Région Auvergne Rhône-Alpes qui impose aux organismes de formation une réduction de 41% du volume d’heures de ces actions préférant prioriser son soutien au profit des entreprises et de leurs besoins en formations spécifiques en fonction des postes vacants. Paradoxe : En Auvergne Rhône-Alpes, nous comptabilisons 5 fois plus de demandeurs d’emploi que de postes non pourvus. La Région semblerait-elle donc considérer que 4/5 des chômeurs ne relèvent plus de ses préoccupations en se détournant des personnes les plus fragiles ?

Les personnes qu’ALYNEA accompagne ont globalement eu peu, voire pas, de formation d’origine ni de projet professionnel précis. Pour parvenir à une insertion professionnelle efficiente des personnes, il convient donc de travailler en 1er lieu sur un projet personnel réalisable afin de :

  • Acquérir des connaissances sur les métiers et le marché de l’emploi notamment pour un 1er emploi chez les jeunes, mais aussi par exemple pour des personnes qui sont dans la nécessité de se reconvertir suite à un handicap qui les empêché de continuer dans leur voie.
  • Détecter ses capacités et les vérifier lors de stages auprès de professionnels. Le manque d’activité professionnelle sur une longue période peut engendrer une perte de repères sur ses propres aptitudes. S’occuper de personnes âgées dépendantes suppose, par exemple, des qualités qui ne s’acquièrent pas en formation : patience, bienveillance, faculté de rentrer en contact avec le corps et de délivrer des soins intimes, etc. Chaque métier nécessite non seulement une technicité, mais également des capacités préalables à toute formation.
  • Favoriser l’employabilité : Ce sont ce que nous appelons les compétences socles (savoir vire en société, être employable, savoir lire une consigne, etc.). L’employabilité est essentielle puisqu’elle répond à un besoin qui existe autant du côté de l’entreprise que du futur salarié.
  • Elever le niveau de qualifications.

Toutes ces étapes qui prennent en compte les personnes et leurs difficultés et qui permettent de retrouver le chemin vers l’emploi, sont oubliées dans la nouvelle ligne politique de la Région qui fait le choix de s’intéresser d’avantage à l’entreprise et à l’emploi qui n’est pas pourvu.

C’est pour ALYNEA dramatique car cela traduit le désintérêt porté aux demandeurs d’emploi et de leur situation. Nous déplorons ce choix politique qui :

  • Renforce l’exclusion et ne peut générer que de la désespérance pour l’ensemble de ces personnes sans emploi : des dizaines de milliers de chômeurs privés de formations et donc d’un possible retour à l’emploi
  • A des conséquences catastrophiques sur l’emploi lui-même : Ce sont aussi les postes de centaines de formateurs qui sont menacés. Au service Emploi-Formation d’ALYNEA c’est environ 40% de l’effectif qui va retourner au chômage (non renouvellement des cdd). Quelles répercutions cela va-t-il engendrer au niveau régional car c’est tout le secteur de la formation qui se retrouve en crise économique ?
  • Conséquence déontologique : La nature des formations n’est pas de créer un travail, mais de répondre à un besoin pour permettre une capacité de travailler.
  • Conséquence politique : L’accompagnement des plus fragiles ne semble plus considéré comme une valeur républicaine à défendre en tant que telle dans notre Région.

Une concertation entre les professionnels du secteur est déjà en place pour appréhender ensemble l’avenir et sauvegarder la formation professionnelle comme levier essentiel pour le retour à l’emploi.

Gérald GUILLON – Directeur du service Emploi-Formation

2017-03-07T14:53:15+00:007 mars 2017|