Afin de reloger les personnes installées depuis plusieurs mois rue de la République à Lyon, les services de l’État et de la Ville ont accepté d’adopter un nouveau positionnement : écouter la demande des personnes concernées et prendre en compte leurs aspirations. Cette expérimentation menée conjointement avec ALYNEA et d’autres associations locales de lutte contre le sans-abrisme, souligne l’indispensable nécessité de cette nouvelle posture, clé pour que les personnes recourent aux prestations et services de l’offre publique les faisant accéder à des droits auxquels elles peuvent prétendre.

Image_Des caravanes pour les sans-abri

Une innovation menée rue de la République.
Depuis l’automne 2020, différents groupes de personnes vivaient sous leur tente, dans la principale artère piétonne de Lyon. Plutôt que de proposer les places disponibles non adaptées ou souhaitées dans les lieux d’accueil d’urgence, chacune d’entre elles a été consultée. Conjointement, État, Ville et travailleurs sociaux, se sont mobilisés pour proposer des réponses à partir de leurs demandes.

Pour la 1ère fois de nouvelles solutions ont émergé : des chambres d’hôtel acceptant les chiens des personnes pour certains et des caravanes pour ceux qui le souhaitaient. Ces quatre caravanes ont été installées ce jeudi 28 janvier, avec l’aide précieuse de la fondation AJD Maurice Gounon sur un terrain leur appartenant, quartier de Vaise. L’installation a été raccordée à l’eau et à l’électricité afin de garantir le confort des occupants.

Cette solution devra être stabilisée, la prise en charge hôtelière est effective jusqu’à fin mars et la mise à disposition du terrain accueillant les caravanes jusqu’au printemps.

Parce que les grandes politiques sociales sont toujours nées de petites pierres, puisse cette expérience marquer le démarrage d’une nouvelle collaboration entre institutions et associations de lutte contre l’exclusion, pour qu’enfin les personnes sans-abri soient reconnues comme actrices dans notre société et que leur parole soit entendue.
Pascal Isoard-Thomas – Directeur général d’ALYNEA.

ALYNEA souhaite généraliser cette approche.
Cette expérience doit être la preuve par l’exemple que par le biais d’une approche respectueuse de la demande des personnes d’une part, portée collectivement par l’État, les collectivités, les associations d’autre part, ces droits fondamentaux que sont l’hébergement et le logement peuvent être accessibles à tous. Cette approche doit aujourd’hui être réfléchie et construite dans une temporalité autre que l’urgence pour construire un modèle d’intervention généralisable, respectueux des rythmes, ancrages et aspirations.

ALYNEA lance donc un appel pour développer cette dynamique et, à terme, construire une véritable stratégie intégrée avec tous les acteurs de la lutte contre le sans-abrisme, mais aussi et surtout avec les personnes concernées, en adoptant systématiquement ce nouveau paradigme.

Entendre et répondre aux demandes exprimées c’est considérer qu’une solution ne peut être adaptée qu’à partir du moment où elle est construite avec la personne concernée, en respectant une temporalité éventuellement différente de celle espérée et en étant souple et créatif pour parfois inventer ce qui n’existe pas.

ALYNEA s’engage à ne pas s’en tenir au traitement des situations visibles. Contrairement aux campements rue de la République, les équipes du Samu Social et des maraudes jeunes constatent qu’une majorité des personnes sans-abri ne font pas le choix de se rendre visibles. Certaines vont jusqu’à se cacher, notamment les femmes, espérant se protéger des violences de la rue. Ce qui a été possible pour un petit nombre, très visible, doit être proposé à tous car les chiffres sont alarmants : 90% des personnes rencontrées à la rue sont en demande d’hébergement ou de logement, contraintes d’y rester faute de place disponible. Plusieurs mois sont nécessaires pour accéder aux droits sociaux de base et il faut parfois jusqu’à 2 ans pour voir une demande d’hébergement pérenne aboutir.

ALYNEA continue à accompagner les personnes relogées.
L’équipe du Samu Social visite régulièrement les personnes et cherche à maintenir avec elles, un lien de confiance.

Écouter et entendre les personnes est la condition au rétablissement. Permettre à chacun de dire « je », pour accéder à des droits, pour du prendre soin voire du soin, se projeter dans un habitat choisi, etc. Inventer ensemble et tâtonner pour permettre une expérience de vie. Mobiliser les acteurs pour qu’au mois de mai, les occupants des caravanes accèdent à des habitats plus pérennes, ceux qu’ils se seront essayés à dessiner par le biais de cette expérience. Maud Bigot – Directrice opérationnelle du pole Urgence d’ALYNEA.