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ALYNEA présente à la conférence de la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri / Berlin , 14-15 juin 2018

19/06/2018

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image logo feantsaLa FEANTSA, créée en 1989, est la seule ONG européenne qui se concentre exclusivement sur la lutte contre le sans-abrisme avec comme objectif ultime de mettre un terme au sans-abrisme en Europe. Chaque année lors d’une conférence annuelle, elle invite les acteurs européens de l’urgence sociale à revenir sur l’année écoulée et regarder vers l’avenir et la direction que prend le secteur de l’aide aux sans-abri.

L’un des objectifs de développement durable des Nations Unies encouragent nos gouvernements à éliminer la pauvreté, et par la même occasion le sans-abrisme, d’ici 2030.

Dans le Troisième regard annuel publié par la FEANTSA, sans grande surprise, la hausse du sans-abrisme dans pratiquement tous les Etats membres de l’UE est constatée. Si le nombre est en hausse, il en va de même pour le nombre de profils différents de personnes affectées, allant des femmes aux migrants en passant par les jeunes, les LGBTIQ et les personnes handicapées. Disposons-nous des services adéquats pour répondre à leurs besoins spécifiques ? Il importe de relever que le seul pays ayant réussi à diminuer le nombre de sans abri est la Finlande, pays ayant mis en place un plan structuré et ambitieux de réduction du sans abrisme, s’inscrivant dans la logique logement d’abord.

Quatre chef.fes de service d’ALYNEA, Maud BIGOT (Samu Social 69), Cédric MORTREUIL (CHRS Cléberg), Rachida JARDEL (CHRS Point Nuit), Véronique TREMBLY (PolyGônes), ont participé à divers ateliers, dont :

Housing First Europe Hub 

Comment favoriser l’accès au logement des personnes sans domicile fixe et accélérer les sorties d’hébergement vers le logement autonome alors que beaucoup de ménages particulièrement dans les grandes villes sont bloqués dans l’hébergement faute de logements très sociaux disponibles ? Il est sans doute nécessaire pour que cela fonctionne d’ouvrir d’avantage de mesures d’Accompagnement Social Lié au Logement (ASLL) et de les adapter aux difficultés des personnes. Par ailleurs, les missions d’hébergements devront évoluer favorisant l’accès au logement et les pratiques des CHRS « hors les murs » mobilisant les capacités d’un accompagnement social en dehors de l’institution.

A la suite de café-idées d’ALYNEA, instance mensuelle interne à notre association, un groupe de travail va être lancé à la rentrée de septembre 2018, afin de penser comment nos structures d’hébergement peuvent évoluer pour inclure un public qui ne répond pas théoriquement aux critères d’entrée et proposer des actions pour une évolution de nos structures d’hébergement collectives dans la perspective d’une généralisation du logement d’abord.

Mode de communication sur le sans-abrisme?

Alors qu’aujourd’hui la majorité des sans-abri sont des familles migrantes qui vivent chez des tiers, l’image du sans-abrisme se réduit trop systématiquement à la figure de la personne sous une couverture sur un trottoir. Chercher l’empathie du grand public de cette façon n’apporte pas forcément une plus grande mobilisation pour la cause de la grande exclusion. Il est donc nécessaire que le secteur de l’aide sociale lui-même fasse bouger les traits de l’image véhiculée afin de témoigner d’une réalité diverse, par là même ne pas faire naître de résistances dans les réponses proposées.

Accompagnement par les pairs

Cette approche repose sur l’entraide entre personnes ayant  connu un parcours similaire. Il tend à favoriser les échanges qui contribuent à apporter un soutien dans les parcours.

Aujourd’hui ALYNEA, en retard sur ce volet, embauche en juillet une 1ère travailleuse paire, Aïcha Hadj Chickh. Ancienne déléguée du Conseil de Vie Sociale et membre active des comités d’évaluation au CHRS Point Nuit, elle va apporter en tant que paire-aidante, sa connaissance de l’institution et son expérience sur la question relative au collectif dans les foyers d’ALYNEA. Dans un 2nd temps, elle déclinera sa mission en lien avec les équipes du Pôle Hébergement en diffus. Elle rencontrera, lors de temps informatifs, des travailleurs pairs  d’autres institutions afin d’enrichir sa pratique.

Criminalisation de la pauvreté

Cet enjeu de communication, à l’égard des citoyens, est d’autant plus important que les sans-abri, en Europe, tendent à être victime de politiques de « criminalisation ». Elles se déclinent sous la forme d’aménagement urbains dissuasifs, d’arrêtés mendicité ou interdisant la consommation d’alcool sur des lieux ciblés, d’expulsions de l’espace public réitérées. Cela peut aller jusque la pénalisation, en Hongrie, du fait de dormir à la rue. La Fondation Abbé Pierre, en France, a lancé une campagne visant à dénoncer les mobiliers urbains anti-SDF. Il est inutile et indigne de « pourchasser » les SDF.

A ALYNEA, nous sommes engagés dans le cadre d’une recherche action de la Fondation Abbé Pierre pour proposer une étude visant au contraire à quantifier et qualifier les besoins en termes de logement des personnes sans abri et ainsi rendre visible l’invisible.

Aller plus loin

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Madame C. et Monsieur V.

Un couple marqué par le sans-abrisme

Originaires de Picardie, ils quittent avec leurs 3 enfants leur maison d’Airaines en 2008 pour tenter leur chance en Corse puis à Lyon. Sans emploi, ils font face à des difficultés familiales avant de se trouver sans hébergement.

Souhaitant avant tout protéger leurs enfants et assurer leur scolarité, ils s’adressent au Conseil Général pour un placement provisoire. Ils sont orientés dans différents foyers dont le CHRS Carteret d’ALYNEA, mais la collectivité leur est difficile. Ils ne supportent ni la promiscuité, ni le cadre imposé. La collaboration avec les équipes est alors compliquée.
Pendant presque 3 ans, ils vont vivre dans la rue, abrités sous la bibliothèque universitaire rue Chevreul. La nuit, ils dorment en alternance afin que l’un des deux surveille leurs sacs à dos dans lesquels se trouve toute leur vie. En journée, ils fréquentent la Maison Rodolphe du Foyer Notre Dame des Sans Abri où ils déjeunent, se douchent, font leur lessive. Ici, ils sont suivis par Marc (prénom d’emprunt) assistant social avec qui ils seront en confiance.

« C’est la première personne qui nous a compris en repérant que le type d’hébergement qui nous conviendrait serait un appartement individuel. »

Dans la rue, leur santé se dégrade. Suzanne est hospitalisée plusieurs fois, sous-alimentée, alcoolisée, les articulations douloureuses. Les acteurs sociaux se mobilisent pour trouver une solution : Marc, la Maison de la Veille Sociale, le Samu Social 69, s’adressent au Préfet pour qu’un hébergement d’urgence soit débloqué. 5 mois plus tard, ils sont hébergés à l’hôtel.
Le couple poursuit son chemin dans un dispositif d’hébergement en appartement avec l’équipe de Polygônes d’ALYNEA qui considère que l’habitat est le point de départ de l’accompagnement.
Suzanne a arrêté de boire et soigne sa polyarthrite. Son compagnon, épileptique, suit son traitement. Grâce à des visites accompagnées par un médiateur et des entretiens téléphoniques réguliers, ils sont en lien avec leurs enfants.
Le prochain objectif est l’accès à un logement de droit commun : le bail serait d’abord signé entre le propriétaire et ALYNEA ; pendant cette durée déterminée, ils seraient sous-locataires et toujours accompagnés par Polygônes, avant que le bail « glisse » à leurs noms.

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Monsieur B.

« Rescapé de la solitude »

Monsieur B. intègre son hébergement en appartement de coordination thérapeutique en octobre 2017. Il doit alors quitter l’hébergement mis à disposition par le centre Léon Bérard où il suit un traitement médical. Même si Monsieur B. a fui, pour des raisons politiques le Congo Kinshasa, il est débouté par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) et par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Arrivé en France blessé, il apprend qu’il est gravement malade. Soutenu par l’assistante sociale de l’hôpital, il obtient un titre de séjour pour soins qui lui permet de se faire soigner et rester sur le territoire le temps nécessaire.

« Nous les Africains, on vit ensemble, on ne connait pas la solitude. Ici j’ai beaucoup souffert de l’isolement, j’étais au fond du trou. Isolé, malade, séparé de ma famille, j’avais les pires idées. »

Depuis le début de son accompagnement par Entr’Aids, il a trouvé ce dont il avait besoin, une équipe professionnelle qui se soucie des êtres humains et qui soutient moralement les personnes. Son cadre de vie lui permet également de retrouver un vivre ensemble : des relations conviviales de voisinage, le partage de petits déjeuners et de repas avec l’équipe…

« L’hôpital m’a soigné, ALYNEA m’a sauvé la vie, je suis un rescapé. »

Lors de cette rencontre, Monsieur B. est en rémission et a retrouvé du sens dans son quotidien en tant qu’agent de sécurité aux abords de l’école, et bénévole au sein de l’association Singa (mouvement citoyen international visant à créer du lien entre personnes réfugiées). Il a pu reprendre ses fréquentations à la bibliothèque, et récupérer l’appétit et le goût de vivre.

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Monsieur BEN ATTIA

Sa création d’entreprise lui ouvre l’accès au logement

Qu’avez-vous pensé de la 1ère rencontre avec l’équipe du CoWork ?

Une opportunité à ne pas rater ! Je m’y suis tout de suite accroché. Je n’avais pas beaucoup de solutions et l’accompagnement proposé était pour moi un plus, surtout pour le volet administratif. J’ai senti que ça n’allait pas être une perte de temps.

Quel est votre quotidien depuis le début de votre activité ?

Je travaille 35h par semaine : du mercredi au samedi, dans le camion de livraison et le lundi je gère l’administratif (en tant qu’auto-entrepreneur je m’occupe de la facturation, de la communication, de la commercialisation). Le dimanche, je suis avec ma famille. J’ai embauché un livreur en CDD de 6 mois à mi-temps. Un comptable gère la paie, en prestation externe. Aujourd’hui, mon objectif est d’investir dans l’achat d’un camion. Pour l’instant, on tourne en location, et ça représente une perte d’argent conséquente, surtout lorsqu’on doit en louer deux (environ 2 jours par semaine).


Mon entreprise marche bien, c’est ce que je souhaitais ! Je rembourse mes mensualités pour le crédit que l’ADIE m’a accordé pour lancer mon activité. Je me dégage un bon salaire pour payer mon loyer et nourrir ma famille. Je suis très content ! J’ai trouvé un appartement F4 à Lyon 8, dans du neuf. Être patron avec des bons chiffres, ça change tout quand tu cherches un appartement !

La fréquence de votre accompagnement a dû évoluer depuis le mois d’août, notamment depuis le début de votre activité ?

Mon contrat d’accompagnement (de 3 mois) a été renouvelé plusieurs fois. Je viens encore une fois par semaine les lundis, jour que je consacre à l’administration de ma société. Parallèlement je reste en contact téléphonique régulier. Au moindre doute, j’appelle. Sarah est comme une conseillère, dès que j’ai une question, je prends mon téléphone, « Allo Sarah ? » Elle se renseigne puis m’oriente pour que je puisse reprendre la main. Au minimum, je suis en contact deux fois par semaine avec elle. C’est vraiment un apport précieux car sans le CoWork, j’aurais des papiers non-traités. À chaque étape, le dispositif s’adapte par rapport à mes besoins.

Comment peut-on améliorer le service ?

On a fait une réunion avec les autres coworkers et l’équipe pour identifier les besoins et optimiser l’accompagnement humain en termes de formation, d’espace de travail, d’équipement en ordinateurs et imprimantes. Moi j’ai la chance d’avoir un ordinateur, mais ce n’est pas le cas pour les autres coworkers. Les gens hébergés en foyer sont en difficulté et n’ont ni le matériel, ni l’espace pour travailler. Il
manque encore beaucoup de choses nécessaires pour vraiment aider les gens qui n’ont pas les moyens. Il nous faut aussi des modules de formations simples, par exemple je ne maîtrise pas encore Excel et Word, or j’en ai besoin pour gérer mes factures.

Quel conseil donneriez-vous à une personne qui a envie de monter sa boite et qui n’ose pas car elle est en situation de précarité face au logement ?

Il faut y croire ! Ici il y a vraiment des gens qui ont du cœur avec des compétences, qui veulent nous aider. Il faut savoir prendre la main des personnes qui la tendent pour se mettre sur les bons rails et mener son projet. Vous déménagez ? N’hésitez pas à le contacter !