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Relogement des personnes sans-abri installées en campement rue de la République Lyon

Relogement des personnes sans-abri installées en campement rue de la République Lyon

13/05/2021

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Afin de reloger les personnes installées depuis plusieurs mois rue de la République à Lyon, les services de l’État et de la Ville ont accepté d’adopter un nouveau positionnement : écouter la demande des personnes concernées et prendre en compte leurs aspirations. Cette expérimentation menée conjointement avec ALYNEA et d’autres associations locales de lutte contre le sans-abrisme, souligne l’indispensable nécessité de cette nouvelle posture, clé pour que les personnes recourent aux prestations et services de l’offre publique les faisant accéder à des droits auxquels elles peuvent prétendre.

Une innovation menée rue de la République.

Depuis l’automne 2020, différents groupes de personnes vivaient sous leur tente, dans la principale artère piétonne de Lyon. Plutôt que de proposer les places disponibles non adaptées ou souhaitées dans les lieux d’accueil d’urgence, chacune d’entre elles a été consultée. Conjointement, État, Ville et travailleurs sociaux, se sont mobilisés pour proposer des réponses à partir de leurs demandes.

Pour la 1ère fois de nouvelles solutions ont émergé : des chambres d’hôtel acceptant les chiens des personnes pour certains et des caravanes pour ceux qui le souhaitaient. Ces quatre caravanes ont été installées ce jeudi 28 janvier, avec l’aide précieuse de la fondation AJD Maurice Gounon sur un terrain leur appartenant, quartier de Vaise. L’installation a été raccordée à l’eau et à l’électricité afin de garantir le confort des occupants.

Cette solution devra être stabilisée, la prise en charge hôtelière est effective jusqu’à fin mars et la mise à disposition du terrain accueillant les caravanes jusqu’au printemps.

Parce que les grandes politiques sociales sont toujours nées de petites pierres, puisse cette expérience marquer le démarrage d’une nouvelle collaboration entre institutions et associations de lutte contre l’exclusion, pour qu’enfin les personnes sans-abri soient reconnues comme actrices dans notre société et que leur parole soit entendue. Pascal Isoard-Thomas – Directeur général d’ALYNEA.

ALYNEA souhaite généraliser cette approche.

Cette expérience doit être la preuve par l’exemple que par le biais d’une approche respectueuse de la demande des personnes d’une part, portée collectivement par l’État, les collectivités, les associations d’autre part, ces droits fondamentaux que sont l’hébergement et le logement peuvent être accessibles à tous. Cette approche doit aujourd’hui être réfléchie et construite dans une temporalité autre que l’urgence pour construire un modèle d’intervention généralisable, respectueux des rythmes, ancrages et aspirations.

ALYNEA lance donc un appel pour développer cette dynamique et, à terme, construire une véritable stratégie intégrée avec tous les acteurs de la lutte contre le sans-abrisme, mais aussi et surtout avec les personnes concernées, en adoptant systématiquement ce nouveau paradigme.

Entendre et répondre aux demandes exprimées c’est considérer qu’une solution ne peut être adaptée qu’à partir du moment où elle est construite avec la personne concernée, en respectant une temporalité éventuellement différente de celle espérée et en étant souple et créatif pour parfois inventer ce qui n’existe pas.

ALYNEA s’engage à ne pas s’en tenir au traitement des situations visibles. Contrairement aux campements rue de la République, les équipes du Samu Social et des maraudes jeunes constatent qu’une majorité des personnes sans-abri ne font pas le choix de se rendre visibles. Certaines vont jusqu’à se cacher, notamment les femmes, espérant se protéger des violences de la rue. Ce qui a été possible pour un petit nombre, très visible, doit être proposé à tous car les chiffres sont alarmants : 90% des personnes rencontrées à la rue sont en demande d’hébergement ou de logement, contraintes d’y rester faute de place disponible. Plusieurs mois sont nécessaires pour accéder aux droits sociaux de base et il faut parfois jusqu’à 2 ans pour voir une demande d’hébergement pérenne aboutir.

ALYNEA continue à accompagner les personnes relogées.

L’équipe du Samu Social visite régulièrement les personnes et cherche à maintenir avec elles, un lien de confiance.

Écouter et entendre les personnes est la condition au rétablissement. Permettre à chacun de dire « je », pour accéder à des droits, pour du prendre soin voire du soin, se projeter dans un habitat choisi, etc. Inventer ensemble et tâtonner pour permettre une expérience de vie. Mobiliser les acteurs pour qu’au mois de mai, les occupants des caravanes accèdent à des habitats plus pérennes, ceux qu’ils se seront essayés à dessiner par le biais de cette expérience. Maud Bigot – Directrice opérationnelle du pole Urgence d’ALYNEA.

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Madame C. et Monsieur V.

Un couple marqué par le sans-abrisme

Originaires de Picardie, ils quittent avec leurs 3 enfants leur maison d’Airaines en 2008 pour tenter leur chance en Corse puis à Lyon. Sans emploi, ils font face à des difficultés familiales avant de se trouver sans hébergement.

Souhaitant avant tout protéger leurs enfants et assurer leur scolarité, ils s’adressent au Conseil Général pour un placement provisoire. Ils sont orientés dans différents foyers dont le CHRS Carteret d’ALYNEA, mais la collectivité leur est difficile. Ils ne supportent ni la promiscuité, ni le cadre imposé. La collaboration avec les équipes est alors compliquée.
Pendant presque 3 ans, ils vont vivre dans la rue, abrités sous la bibliothèque universitaire rue Chevreul. La nuit, ils dorment en alternance afin que l’un des deux surveille leurs sacs à dos dans lesquels se trouve toute leur vie. En journée, ils fréquentent la Maison Rodolphe du Foyer Notre Dame des Sans Abri où ils déjeunent, se douchent, font leur lessive. Ici, ils sont suivis par Marc (prénom d’emprunt) assistant social avec qui ils seront en confiance.

« C’est la première personne qui nous a compris en repérant que le type d’hébergement qui nous conviendrait serait un appartement individuel. »

Dans la rue, leur santé se dégrade. Suzanne est hospitalisée plusieurs fois, sous-alimentée, alcoolisée, les articulations douloureuses. Les acteurs sociaux se mobilisent pour trouver une solution : Marc, la Maison de la Veille Sociale, le Samu Social 69, s’adressent au Préfet pour qu’un hébergement d’urgence soit débloqué. 5 mois plus tard, ils sont hébergés à l’hôtel.
Le couple poursuit son chemin dans un dispositif d’hébergement en appartement avec l’équipe de Polygônes d’ALYNEA qui considère que l’habitat est le point de départ de l’accompagnement.
Suzanne a arrêté de boire et soigne sa polyarthrite. Son compagnon, épileptique, suit son traitement. Grâce à des visites accompagnées par un médiateur et des entretiens téléphoniques réguliers, ils sont en lien avec leurs enfants.
Le prochain objectif est l’accès à un logement de droit commun : le bail serait d’abord signé entre le propriétaire et ALYNEA ; pendant cette durée déterminée, ils seraient sous-locataires et toujours accompagnés par Polygônes, avant que le bail « glisse » à leurs noms.

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Monsieur B.

« Rescapé de la solitude »

Monsieur B. intègre son hébergement en appartement de coordination thérapeutique en octobre 2017. Il doit alors quitter l’hébergement mis à disposition par le centre Léon Bérard où il suit un traitement médical. Même si Monsieur B. a fui, pour des raisons politiques le Congo Kinshasa, il est débouté par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) et par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Arrivé en France blessé, il apprend qu’il est gravement malade. Soutenu par l’assistante sociale de l’hôpital, il obtient un titre de séjour pour soins qui lui permet de se faire soigner et rester sur le territoire le temps nécessaire.

« Nous les Africains, on vit ensemble, on ne connait pas la solitude. Ici j’ai beaucoup souffert de l’isolement, j’étais au fond du trou. Isolé, malade, séparé de ma famille, j’avais les pires idées. »

Depuis le début de son accompagnement par Entr’Aids, il a trouvé ce dont il avait besoin, une équipe professionnelle qui se soucie des êtres humains et qui soutient moralement les personnes. Son cadre de vie lui permet également de retrouver un vivre ensemble : des relations conviviales de voisinage, le partage de petits déjeuners et de repas avec l’équipe…

« L’hôpital m’a soigné, ALYNEA m’a sauvé la vie, je suis un rescapé. »

Lors de cette rencontre, Monsieur B. est en rémission et a retrouvé du sens dans son quotidien en tant qu’agent de sécurité aux abords de l’école, et bénévole au sein de l’association Singa (mouvement citoyen international visant à créer du lien entre personnes réfugiées). Il a pu reprendre ses fréquentations à la bibliothèque, et récupérer l’appétit et le goût de vivre.

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Monsieur BEN ATTIA

Sa création d’entreprise lui ouvre l’accès au logement

Qu’avez-vous pensé de la 1ère rencontre avec l’équipe du CoWork ?

Une opportunité à ne pas rater ! Je m’y suis tout de suite accroché. Je n’avais pas beaucoup de solutions et l’accompagnement proposé était pour moi un plus, surtout pour le volet administratif. J’ai senti que ça n’allait pas être une perte de temps.

Quel est votre quotidien depuis le début de votre activité ?

Je travaille 35h par semaine : du mercredi au samedi, dans le camion de livraison et le lundi je gère l’administratif (en tant qu’auto-entrepreneur je m’occupe de la facturation, de la communication, de la commercialisation). Le dimanche, je suis avec ma famille. J’ai embauché un livreur en CDD de 6 mois à mi-temps. Un comptable gère la paie, en prestation externe. Aujourd’hui, mon objectif est d’investir dans l’achat d’un camion. Pour l’instant, on tourne en location, et ça représente une perte d’argent conséquente, surtout lorsqu’on doit en louer deux (environ 2 jours par semaine).


Mon entreprise marche bien, c’est ce que je souhaitais ! Je rembourse mes mensualités pour le crédit que l’ADIE m’a accordé pour lancer mon activité. Je me dégage un bon salaire pour payer mon loyer et nourrir ma famille. Je suis très content ! J’ai trouvé un appartement F4 à Lyon 8, dans du neuf. Être patron avec des bons chiffres, ça change tout quand tu cherches un appartement !

La fréquence de votre accompagnement a dû évoluer depuis le mois d’août, notamment depuis le début de votre activité ?

Mon contrat d’accompagnement (de 3 mois) a été renouvelé plusieurs fois. Je viens encore une fois par semaine les lundis, jour que je consacre à l’administration de ma société. Parallèlement je reste en contact téléphonique régulier. Au moindre doute, j’appelle. Sarah est comme une conseillère, dès que j’ai une question, je prends mon téléphone, « Allo Sarah ? » Elle se renseigne puis m’oriente pour que je puisse reprendre la main. Au minimum, je suis en contact deux fois par semaine avec elle. C’est vraiment un apport précieux car sans le CoWork, j’aurais des papiers non-traités. À chaque étape, le dispositif s’adapte par rapport à mes besoins.

Comment peut-on améliorer le service ?

On a fait une réunion avec les autres coworkers et l’équipe pour identifier les besoins et optimiser l’accompagnement humain en termes de formation, d’espace de travail, d’équipement en ordinateurs et imprimantes. Moi j’ai la chance d’avoir un ordinateur, mais ce n’est pas le cas pour les autres coworkers. Les gens hébergés en foyer sont en difficulté et n’ont ni le matériel, ni l’espace pour travailler. Il
manque encore beaucoup de choses nécessaires pour vraiment aider les gens qui n’ont pas les moyens. Il nous faut aussi des modules de formations simples, par exemple je ne maîtrise pas encore Excel et Word, or j’en ai besoin pour gérer mes factures.

Quel conseil donneriez-vous à une personne qui a envie de monter sa boite et qui n’ose pas car elle est en situation de précarité face au logement ?

Il faut y croire ! Ici il y a vraiment des gens qui ont du cœur avec des compétences, qui veulent nous aider. Il faut savoir prendre la main des personnes qui la tendent pour se mettre sur les bons rails et mener son projet. Vous déménagez ? N’hésitez pas à le contacter !