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Trop de gens confinés dehors

07/07/2020

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Maud BIGOT, directrice opérationnelle du pôle Urgence à ALYNEA (Samu Social et SOS Voyageurs) a co-géré jusqu’au 20 mai, un centre ouvert pour mettre à l’abri 160 personnes pendant la crise sanitaire -100 en familles, accompagnées par la Fondation Armée du Salut et 60 isolées accompagnées par ALYNEA.
Elle a écrit ce texte pour les Actualités Sociales Hebdomadaires parues le 15 mai dernier, traduisant un dispositif de l’hébergement sous-calibré et révélant aussi une coopération très forte entre l’état, la Métropole de Lyon et les associations pendant la crise sanitaire.

« Je ne sais pas aujourd’hui s’il y aura un «avant» et un «après». Encore dans le tourbillon du «faire» qui embue la pensée. En revanche, depuis le Samu Social à Lyon, dès les premiers jours, j’ai mesuré les conséquences de l’ «avant». Dans un département où le dispositif d’hébergement est structurellement sous-calibré, les sans-abri que nous rencontrons se sont en effet retrouvés, dans un 1er temps, confinés dehors, englués sur un bitume depuis lequel la manche est devenue impossible, emmurés dans un dehors face aux portes closes des hébergements déjà pleins et des accueils de jours contraints de fermer, du fait de l’exiguïté de leurs locaux.
Le «pendant» a donc été celui des besoins à faire remonter lors des conférences téléphoniques, des solutions à inventer, des montagnes à déplacer… Progressivement, les fontaines ont rouvert tout comme certaines des toilettes de la ville. Des lieux d’hygiène ont pu être proposés, du savon et du gel hydroalcoolique distribués.

J’ai vu l’état, la métropole, les villes, les associations, se soucier ensemble de l’accès à l’eau, l’enlèvement d’ordures et la nourriture des squats et bidonvilles. Et 500 places d’hébergement supplémentaires ont pu voir le jour.

Dans le contexte de la crise sanitaire, ce qui semblait impossible a pris forme dans le réel, en décalant les pratiques, en multipliant les heures de travail, en décloisonnant les secteurs.

Les lignes ont bougé… sans autre considération que de parer à l’urgence, héritée de l’«avant». Malgré ces efforts sans précédent, 1000 personnes ont continué à contacter le 115 à Lyon sans obtenir de solution. Si elles ont généralement fini par parvenir à s’alimenter, se doucher, obtenir du gel et du savon, elles sont restées confinées dehors et le demeureront encore des mois, en dépit du droit inconditionnel à l’hébergement, cris sanitaire ou pas. A l’issue du «pendant», j’ai à la fois hâte et peur de l’«après».

Si, collectivement, nous avons défié l’impossible, cela n’a pas été assez et nous ne devrons jamais l’oublier, au nom des personnes qui ont passé le confinement dans la rue. Si, collectivement, nous avons défié l’impossible, il est aujourd’hui indispensable de refonder le secteur, en transformant la synergie humanitaire en politiques structurelles fortes, en matière de résorption du sans-abrisme.

J’espère que nous serons en capacité de nous atteler aux défis de la terrifiante précarisation de nouvelles catégories de publics, en renforçant les solidarités à partir du paradigme de l’accès aux droits et de leur respect, le seul à même de protéger efficacement les populations, même lorsque les crises adviennent. « 

Aujourd’hui, et depuis l’annonce du déconfinement, l’état et la Métropole se sont engagés dans un plan inédit de « zéro remise à la rue ». Associations, pouvoirs publics, bailleurs sociaux, secteur privé se mobilisent actuellement autour de cet objectif, démonstration de force qu’un changement de méthode rend possible ce qui semblait jusqu’alors impossible. Le Rhône a donc été précurseur, précédant de deux mois l’instruction donnée aux préfets, le 2 juillet, de « ne pas fermer de places sans solution de relogement pour les personnes ». Avec un temps d’avance, nous ne doutons pas qu’en démultipliant l’énergie et l’intelligence collective, nous parvenions à atteindre l’objectif visé. Depuis ALYNEA, nous sommes très fiers de participer à cette dynamique.

Chiffres de l’hébergement dans le Rhône

5100 places permanentes d’hébergement.
900 places ouvertes dans le cadre du dispositif hivernal prévu initialement jusqu’au 31.03.2020, prolongé jusqu’au 10.07.2020.
540 places créées pendant le confinement.
+ de 1500 places à trouver
1700 personnes vivent en squat ou en bidonville sur l’agglomération lyonnaise.
Parc social sous dimensionné : 70 000 demandeurs pour 9 000 attributions par an.
9500 personnes en demande d’hébergement.

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Madame C. et Monsieur V.

Un couple marqué par le sans-abrisme

Originaires de Picardie, ils quittent avec leurs 3 enfants leur maison d’Airaines en 2008 pour tenter leur chance en Corse puis à Lyon. Sans emploi, ils font face à des difficultés familiales avant de se trouver sans hébergement.

Souhaitant avant tout protéger leurs enfants et assurer leur scolarité, ils s’adressent au Conseil Général pour un placement provisoire. Ils sont orientés dans différents foyers dont le CHRS Carteret d’ALYNEA, mais la collectivité leur est difficile. Ils ne supportent ni la promiscuité, ni le cadre imposé. La collaboration avec les équipes est alors compliquée.
Pendant presque 3 ans, ils vont vivre dans la rue, abrités sous la bibliothèque universitaire rue Chevreul. La nuit, ils dorment en alternance afin que l’un des deux surveille leurs sacs à dos dans lesquels se trouve toute leur vie. En journée, ils fréquentent la Maison Rodolphe du Foyer Notre Dame des Sans Abri où ils déjeunent, se douchent, font leur lessive. Ici, ils sont suivis par Marc (prénom d’emprunt) assistant social avec qui ils seront en confiance.

« C’est la première personne qui nous a compris en repérant que le type d’hébergement qui nous conviendrait serait un appartement individuel. »

Dans la rue, leur santé se dégrade. Suzanne est hospitalisée plusieurs fois, sous-alimentée, alcoolisée, les articulations douloureuses. Les acteurs sociaux se mobilisent pour trouver une solution : Marc, la Maison de la Veille Sociale, le Samu Social 69, s’adressent au Préfet pour qu’un hébergement d’urgence soit débloqué. 5 mois plus tard, ils sont hébergés à l’hôtel.
Le couple poursuit son chemin dans un dispositif d’hébergement en appartement avec l’équipe de Polygônes d’ALYNEA qui considère que l’habitat est le point de départ de l’accompagnement.
Suzanne a arrêté de boire et soigne sa polyarthrite. Son compagnon, épileptique, suit son traitement. Grâce à des visites accompagnées par un médiateur et des entretiens téléphoniques réguliers, ils sont en lien avec leurs enfants.
Le prochain objectif est l’accès à un logement de droit commun : le bail serait d’abord signé entre le propriétaire et ALYNEA ; pendant cette durée déterminée, ils seraient sous-locataires et toujours accompagnés par Polygônes, avant que le bail « glisse » à leurs noms.

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Monsieur B.

« Rescapé de la solitude »

Monsieur B. intègre son hébergement en appartement de coordination thérapeutique en octobre 2017. Il doit alors quitter l’hébergement mis à disposition par le centre Léon Bérard où il suit un traitement médical. Même si Monsieur B. a fui, pour des raisons politiques le Congo Kinshasa, il est débouté par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) et par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Arrivé en France blessé, il apprend qu’il est gravement malade. Soutenu par l’assistante sociale de l’hôpital, il obtient un titre de séjour pour soins qui lui permet de se faire soigner et rester sur le territoire le temps nécessaire.

« Nous les Africains, on vit ensemble, on ne connait pas la solitude. Ici j’ai beaucoup souffert de l’isolement, j’étais au fond du trou. Isolé, malade, séparé de ma famille, j’avais les pires idées. »

Depuis le début de son accompagnement par Entr’Aids, il a trouvé ce dont il avait besoin, une équipe professionnelle qui se soucie des êtres humains et qui soutient moralement les personnes. Son cadre de vie lui permet également de retrouver un vivre ensemble : des relations conviviales de voisinage, le partage de petits déjeuners et de repas avec l’équipe…

« L’hôpital m’a soigné, ALYNEA m’a sauvé la vie, je suis un rescapé. »

Lors de cette rencontre, Monsieur B. est en rémission et a retrouvé du sens dans son quotidien en tant qu’agent de sécurité aux abords de l’école, et bénévole au sein de l’association Singa (mouvement citoyen international visant à créer du lien entre personnes réfugiées). Il a pu reprendre ses fréquentations à la bibliothèque, et récupérer l’appétit et le goût de vivre.

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Monsieur BEN ATTIA

Sa création d’entreprise lui ouvre l’accès au logement

Qu’avez-vous pensé de la 1ère rencontre avec l’équipe du CoWork ?

Une opportunité à ne pas rater ! Je m’y suis tout de suite accroché. Je n’avais pas beaucoup de solutions et l’accompagnement proposé était pour moi un plus, surtout pour le volet administratif. J’ai senti que ça n’allait pas être une perte de temps.

Quel est votre quotidien depuis le début de votre activité ?

Je travaille 35h par semaine : du mercredi au samedi, dans le camion de livraison et le lundi je gère l’administratif (en tant qu’auto-entrepreneur je m’occupe de la facturation, de la communication, de la commercialisation). Le dimanche, je suis avec ma famille. J’ai embauché un livreur en CDD de 6 mois à mi-temps. Un comptable gère la paie, en prestation externe. Aujourd’hui, mon objectif est d’investir dans l’achat d’un camion. Pour l’instant, on tourne en location, et ça représente une perte d’argent conséquente, surtout lorsqu’on doit en louer deux (environ 2 jours par semaine).


Mon entreprise marche bien, c’est ce que je souhaitais ! Je rembourse mes mensualités pour le crédit que l’ADIE m’a accordé pour lancer mon activité. Je me dégage un bon salaire pour payer mon loyer et nourrir ma famille. Je suis très content ! J’ai trouvé un appartement F4 à Lyon 8, dans du neuf. Être patron avec des bons chiffres, ça change tout quand tu cherches un appartement !

La fréquence de votre accompagnement a dû évoluer depuis le mois d’août, notamment depuis le début de votre activité ?

Mon contrat d’accompagnement (de 3 mois) a été renouvelé plusieurs fois. Je viens encore une fois par semaine les lundis, jour que je consacre à l’administration de ma société. Parallèlement je reste en contact téléphonique régulier. Au moindre doute, j’appelle. Sarah est comme une conseillère, dès que j’ai une question, je prends mon téléphone, « Allo Sarah ? » Elle se renseigne puis m’oriente pour que je puisse reprendre la main. Au minimum, je suis en contact deux fois par semaine avec elle. C’est vraiment un apport précieux car sans le CoWork, j’aurais des papiers non-traités. À chaque étape, le dispositif s’adapte par rapport à mes besoins.

Comment peut-on améliorer le service ?

On a fait une réunion avec les autres coworkers et l’équipe pour identifier les besoins et optimiser l’accompagnement humain en termes de formation, d’espace de travail, d’équipement en ordinateurs et imprimantes. Moi j’ai la chance d’avoir un ordinateur, mais ce n’est pas le cas pour les autres coworkers. Les gens hébergés en foyer sont en difficulté et n’ont ni le matériel, ni l’espace pour travailler. Il
manque encore beaucoup de choses nécessaires pour vraiment aider les gens qui n’ont pas les moyens. Il nous faut aussi des modules de formations simples, par exemple je ne maîtrise pas encore Excel et Word, or j’en ai besoin pour gérer mes factures.

Quel conseil donneriez-vous à une personne qui a envie de monter sa boite et qui n’ose pas car elle est en situation de précarité face au logement ?

Il faut y croire ! Ici il y a vraiment des gens qui ont du cœur avec des compétences, qui veulent nous aider. Il faut savoir prendre la main des personnes qui la tendent pour se mettre sur les bons rails et mener son projet. Vous déménagez ? N’hésitez pas à le contacter !